LE MARIONNETTISTE

EXTRAIT

Les deux hommes grimpèrent dans le chemin un peu plus haut vers l’écurie. Le sol pavé luisait à la lumière du vieux bâtiment mansardé. Quelques hennissements se faisaient entendre ça et là. Les chevaux avaient senti la présence humaine.

Curieux de nature, ils se pressaient le long des boxes, passant leurs têtes à l’extérieur de la porte.

Max regardait les crinières pendant que Robert distribuait le foin. Il repéra au loin un cheval qu’il ne connaissait pas encore… Il alla voir de plus près et fut conquis par ses crins. Il les toucha caressant la tête de l’animal de l’autre main. Ils étaient souples et soyeux d’une belle teinte couleur de miel.

– Alors tu trouves ton bonheur ? Cria Roger à l’autre bout du couloir.

– Oui je crois, conclu Max.

– J’arrive…

– D’accord, je t’attends…

– Ça c’est Jonquille, une nouvelle ici… Très sympa, je l’ai en pension pour quelques temps… Les proprios sont anglais, ils ont acheté un petit château, celui de la Colaissière, tu dois connaître ?

– Oui je vois très bien sur la route de Landemont. À deux trois kilomètres d’ici.

– C’est ça… Et donc en attendant que les écuries soient remises en état, ils me l’on confiée. Bon dis moi où je coupe ? Faut pas que ça se voit de trop… Ici ?

– Oui très bien et une autre ici… Ça ira…

– Tant qu’on y est, t’en veux d’autres ?

– Ben oui tout ce que tu peux ça va m’arranger.

Roger taillait dans les crins, Max les rangeait dans des morceaux de vieux drap qu’il avait déchirés et amenés pour l’occasion. Il notait scrupuleusement les teintes et le nom des chevaux dessus…

« Je sens que je suis presque sèche… Maintenant que j’ai repris des couleurs, je me sens tout à fait à l’aise… Encore un peu de patience et ma peau sera aussi lisse que celle d’un nouveau-né. Je peux bouger mes bras et mes jambes, ma tête tourne librement… Et bientôt j’aurais mes cheveux… Et puis je me trouve vraiment très très belle… Qu’en dites-vous les gars ? Et oh là-bas, sur le mur ? Bande de jaloux…Vivement que je fasse un peu d’exercice. »

Max rentra peu après, il rangea soigneusement les bouts d’étoffe ramenés de l’écurie dans un grand tiroir de l’armoire située derrière l’établi puis il retourna dans sa maison d’habitation. La journée avait été longue et la pente raide à remonter. Une fatigue aigue l’avait gagné tout en haut du chemin et les derniers mètres furent éprouvants… Pour le reste, il ferait encore jour le lendemain. Et puis le vernis sécherait pendant ce temps.

« Ah, voilà mon maître… Que fait-il ? Il me cherche ma couleur de cheveux… Celle-ci ? Non, elle ne va pas aller à mon teint, beaucoup trop foncé… Un roux flamboyant ? Pourquoi pas ? Oui, celui-là, la couleur miel est très jolie… Tu as bon goût mon Max… Viens vite me le faire essayer… Je t’aide un peu, je penche ma tête… Une petite coupe aux ciseaux… Ne tremble pas Max ! Un fer à friser, oui mais pas trop…Ah, des petites pinces à cheveux, fallait-y penser…un petit chignon renversé, c’est pas mal du tout…Voilà ! Attends que je me regarde, oui c’est parfait, ça me va comme un gant… Merci Maxou, t’aurais dû être coiffeur, toi ! »

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