HISTOIRES COURTES VOL 2

EXTRAIT

Bal au Château de Stirling

Le coursier galopait à travers la lande Écossaise. L’alezan haletait à pleins poumons. Sir Stalker avait envoyé son valet apporter la réponse à l’invitation de la Duchesse de Lackford, pour le bal annuel qu’elle donnait chaque année.

Grand ami de la famille de Lackford, Sir Jeremy Stalker y était convié comme toujours. Néanmoins à presque 68 ans, il avait hésité, mais comment éviter de froisser le Duc et la Duchesse sans répondre favorablement à la missive joliment agrémentée de mille formules de politesses par ailleurs.

Ces fanfaronnades n’étaient plus de son âge… Il se souvenait pourtant, avec une certaine nostalgie, d’une époque où, il se régalait de ces bals et où les invités rivalisaient d’audaces vestimentaires.

C’est en 1927, qu’il avait connu Mary, Miss Wiltord qui l’avait littéralement subjugué… Elle lui était apparue vêtue d’une longue robe de soie grenat, sa longue chevelure blonde entourait un visage d’ange où deux yeux gris perle, esquissaient un léger sourire…

Il avait tout fait pour la séduire, mais il n’eut jamais le retour escompté, elle s’était mariée quelques années plus tard avec un bellâtre et il n’eut de nouvelle d’elle, que lors de sa fin tragique lorsqu’elle se jeta de la falaise de Kilt Rock, triste fin pour une femme d’une si grande beauté.

Il l’avait très longtemps regrettée, et nul ne sut réellement ce qui s’était passé ce jour là. Les bals, depuis, n’avaient plus la même saveur et son  engouement se fit bien moins enjoué qu’auparavant.

Cette époque ne l’avait jamais réellement quitté, souvent ses pensées erraient dans ces souvenirs d’un autre temps. Mais chaque année, ce maudit bal organisé faisait remonter cette sensualité et tous ces moments douloureux qui s’en dégageaient lourdement.

Walter Scott, le valet, avait préparé la Bentley. Sir Stalker arborait une tenue traditionnelle de circonstance, le kilt aux couleurs du  clan des Stalker. Le tartan de pure laine vierge, vert et bleu, fabriqué depuis la nuit des temps par la maison Tenbry, tailleurs de pères en fils.

En ce mois de décembre, Walter avait fait chauffer la voiture afin que son maître ne prenne pas froid… Ils prirent la route du château situé à 20 minutes de leur manoir.

La nuit était tombée et la route sinueuse se déroulait sous les roues de la Bentley. Arrivé sur place, après avoir donné les clés au voiturier, Walter alla rejoindre l’office et Jeremy entra par le hall réservé aux invités. Il donna son carton et fut accueillis par la Duchesse de Lackford, réjouie de sa venue.

Des petits groupes d’invités illustres s’étaient déjà formés dans la salle de bal, vaste et magnifiquement décorée. Il se joignit à celui de Sir Edward et de la comtesse de Charmy, habitués des lieux.

Le champagne Français coulait dans les verres en cristal de Baccara et les petits fours circulaient dans les allées sur les plateaux d’argent ciselés.

L’orchestre classique de cordes habituel s’était vu garni de cuivres pour l’occasion. La musique avait elle aussi évoluée ces dernières années et en 1965, cela donnait une petite note jazzy particulière à l’ensemble…

Entre deux conversations bien ennuyeuses, Jeremy observait chaque recoin de la pièce… Les lustres, les poutres, les tableaux… Le faste de la haute noblesse Écossaise n’avait pour ainsi dire, pas vraiment changé…

Un reflet dans un miroir attira son attention, il s’approcha… Le silence se fit dans son esprit… Il était isolé de tous, presque transparent…

Il y vit son image trente trois ans auparavant se dessiner à travers le miroir et derrière lui, il reconnu celle qui l’avait toujours fait frissonner, Mary Wiltord, toujours aussi belle dans une robe vert émeraude… Un large sourire sur ses lèvres teintées de rouge carmin…

Il se retourna, ce n’était qu’illusion… Lorsque ses yeux se posèrent à nouveau sur le miroir, elle était encore là… La glace avait emprisonné leur image… Il put ainsi la contempler à chaque passage devant ce fabuleux miroir qui ne cessait de leur renvoyer leurs souvenirs lointains…

Ainsi, depuis, chaque fois qu’il était possible pour lui de s’inviter au château de Stirling, Sir Jeremy Stalker, ne rata jamais aucune occasion.

Car à chaque fois Miss Wiltord l’attendait dans le reflet de ce miroir très très, spécial… C’était le seul sur les quinze que comptait la pièce… Ils gardèrent bien ce secret pour eux…

Au pays des fantômes, qui peut dire réellement et avec certitude qu’ils n’existent pas ?

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